{"id":1164,"date":"2010-01-19T21:40:08","date_gmt":"2010-01-19T20:40:08","guid":{"rendered":"http:\/\/emma.webnano.fr\/poemes\/?p=1164"},"modified":"2016-10-10T09:02:14","modified_gmt":"2016-10-10T08:02:14","slug":"un-noeud-dans-la-gorge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/emma.webnano.fr\/poemes\/index.php\/2010\/01\/19\/un-noeud-dans-la-gorge\/","title":{"rendered":"UN NOEUD DANS LA GORGE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: 'arial black', sans-serif; font-size: 24px;\">ELLE<\/span><\/p>\n<p>J&rsquo;entrouve les yeux&#8230; Je me sens toute naus\u00e9euse, la t\u00eate dans les nuages ! Mais pas ces beaux nuages, vous savez ceux dans lesquels on se trouve lorsqu&rsquo;on r\u00eave, ceux qu&rsquo;on voudrait ne pas quitter car on se sent bien&#8230; Ces nuages de bonheur du dimanche matin, quand on sait qu&rsquo;on se r\u00e9veille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui qu&rsquo;on aime, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;homme de sa vie. Ces petits nuages qui am\u00e8nent un sourire au bord des l\u00e8vres en temps que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tire et qu&rsquo;on se dit : une bonne journ\u00e9e en perspective&#8230; Il va faire beau et on est ensemble ! Non, l\u00e0, ce sont des nuages de douleur et de cauchemar car, je ne sais que trop ce qu&rsquo;on vient de me faire&#8230; Je la vois bien cette chambre trop blanche, trop propre, ce lit m\u00e9dicalis\u00e9, je les entends ces bruits de chariots dans les couloirs, ces infirmi\u00e8res qui discutent entre elles comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait&#8230; Cette odeur typique des h\u00f4pitaux ! Je sens bien ces tuyaux dans mon nez, cette perfusion dans mon bras, ces capteurs un peu partout&#8230; Tout est bien r\u00e9el, h\u00e9las ! Je n&rsquo;ai pas perdu la m\u00e9moire pendant l&rsquo;op\u00e9ration, jen&rsquo;ai perdu que ma langue&#8230;\u00a0<\/p>\n<p>Je suis encore un peu groggy mais j&rsquo;ai, malheureusement, toute ma t\u00eate. Je me sens naus\u00e9euse mais je ne sais pas si c&rsquo;est l&rsquo;op\u00e9ration en elle-m\u00eame ou le contre coup de ce choc et de toutes ces semaines pass\u00e9es en examens pour que tombe ce putain de diagnostic : cancer !<\/p>\n<p>Il y a plusieurs semaines, le diagnostic s&rsquo;imposait \u00ab\u00a0cancer de la langue\u00a0\u00bb avait dit le m\u00e9decin&#8230; Apr\u00e8s tous les examens habituels, il n&rsquo;y avait plus qu&rsquo;une et une seule solution, il allait falloir couper la langue !! On se dit ce n&rsquo;est pas possible, c&rsquo;est du d\u00e9lire, ce n&rsquo;est pas \u00e0 moi, ni de moi qu&rsquo;on parle. On se tourne vers son conjoint avec cet air dans les yeux, j&rsquo;ai bien entendu, tu as entendu la m\u00eame chose que moi ? Et au vu de son regard aussi \u00e9tonn\u00e9 que le votre, il faut bien l&rsquo;admettre, si, si, c&rsquo;est \u00e0 toi et de toi que l&rsquo;on parle&#8230; Aucun doute malheureusement ! Tu ne peux pas faire comme si tu n&rsquo;\u00e9tais pas concern\u00e9e, il faut \u00e9couter, assimiler, accepter et se laisser faire par des gens qui savent ce qui est le mieux pour toi et qui te conseillent car en fait, ils t&rsquo;imposent les traitements, les protocoles et toi, tu es pris dans ce tourbillon et tu ne peux plus reculer. Tu es aspir\u00e9e par la grande roue m\u00e9dicale qui s&rsquo;est mis en branle et que tu ne peux plus arr\u00eater, c&rsquo;est trop tard&#8230; et c&rsquo;est toi qui es au milieu de tout \u00e7a, prisonni\u00e8re, impuissante et vedette malgr\u00e9 toi ! Vedette&#8230; Oui car tout tourne autour de toi mais tu voudrais tellement \u00eatre ailleurs, au soleil, sur une \u00eele d\u00e9serte&#8230; N&rsquo;importe o\u00f9 mais loin d&rsquo;ici&#8230; Loin de ces h\u00f4pitaux, ces labos, ces radios&#8230; de ces odeurs m\u00e9dicales qui te prennent le nez d\u00e8s que tu franchis le seuil de la porte&#8230; Loin de ces blouses blanches, ces gants de vaisselle, ces aiguilles, ces comprim\u00e9s et ces tables d&rsquo;op\u00e9ration&#8230; Loin de cette paperasse administrative pour qui tu n&rsquo;es qu&rsquo;un nom suppl\u00e9mentaire et qu&rsquo;on range dans un tiroir par ordre alphab\u00e9tique : celui des cancers de la langue, avec ablation. Loin de cette v\u00e9rit\u00e9 qui fait mal, celle o\u00f9 tu sais d&rsquo;avance que \u00e7a va mal se terminer m\u00eame si on tente le tout pour le tout ! M\u00eame si personne n&rsquo;ose le dire et si toi, tu fais tout pour ne pas le penser, et m\u00eame esp\u00e9rer le contraire. Loin de tout et de tout le monde ! Loin de ceux que \u00e7a laisse de glace et \u00e0 qui \u00e7a donne des sujets de discussions ; \u00e0 tous ces f\u00eal\u00e9s qui aiment parler de la mort, surtout celles des autres, car elle les fait se sentir encore plus vivants. Vous savez la petite \u00ab\u00a0truc\u00a0\u00bb, elle a un cancer de la langue, je n&rsquo;ai pas trop d&rsquo;infos mais \u00e0 mon avis, elle n&rsquo;en a plus pour longtemps&#8230; J&rsquo;vous le fais pas dire, elle va souffrir ! Mais on lui avait dit d&rsquo;arr\u00eater de fumer&#8230; Mince, les gens sont pr\u00e9venus maintenant !!! J&rsquo;avais beau ne pas l&rsquo;appr\u00e9cier, c&rsquo;est moche quand m\u00eame ! Mais ils s&rsquo;en fichent et reprennent leur train-train sans plus y penser ! Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils voient ton avis de d\u00e9c\u00e8s dans le journal et qu&rsquo;ils pensent, ben \u00e7a y est, c&rsquo;est fini&#8230; Et ils viendront te rendre un dernier hommage avec une t\u00eate de six pieds de long, juste pour voir si la tristesse des autres ressemblent \u00e0 la leur !<\/p>\n<p>Quand on est avec le m\u00e9decin, le sp\u00e9cialiste, on pose toutes les questions qui nous viennent \u00e0 l&rsquo;esprit. Je ne pourrais plus parler du tout ? Comment faire pour manger ? Aurais-je encore des sensations de go\u00fbt ? Et puis, finalement, ces questions semblent d\u00e9risoires&#8230; Vais-je pouvoir vivre tout simplement ? Suis-je condamn\u00e9e ? On vous dit que non mais vous savez que c&rsquo;est \u00e0 court terme&#8230; Quelquefois, m\u00eame \u00e0 tr\u00e8s court terme&#8230; On sait bien au fond de soi qu&rsquo;on est condamn\u00e9 mais on ne sait pas dans combien de temps. Ca d\u00e9pend de la r\u00e9ussite du traitement et surtout de la gravit\u00e9 du cancer. On va pouvoir vivre encore quelques ann\u00e9es mais dans quelles conditions ? A quel prix ? Avec quelles douleurs ? On ne mesure pas&#8230; et je me demande si les m\u00e9decins eux-m\u00eame le mesurent ! Ils connaissent les protocoles, ce par quoi vous allez passer mais n&rsquo;ont jamais subi l&rsquo;intensit\u00e9 des douleurs physiques et psychologiques. Chaque nouveau patient est un nouveau cas et chaque nouveau cas est une nouvelle histoire qui se termine par la mort \u00e0 plus ou moins br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance selon la volont\u00e9 du patient et le seuil atteint par la maladie \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. D\u00e8s qu&rsquo;on passe le seuil des cabinets, on s&#8217;embarque pour le noir avec des phases d&rsquo;espoir et de d\u00e9sespoir, avec des vagues de volont\u00e9 et d&rsquo;\u00e9croulement&#8230; Mais toujours avec la mort en point de mire.<\/p>\n<p>Et chez soi, on se demande comment on en arriv\u00e9 l\u00e0. Oh, l&rsquo;explication est simple, le tabac, ce satan\u00e9 tabac&#8230; On commence pour faire comme les copains et on tombe dedans. D&rsquo;abord, c&rsquo;est quatre ou cinq cigarettes avec les potes au coll\u00e8ge et \u00e7a augmente au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es et du stress. Il a bon dos le stress aujourd&rsquo;hui et moi, \u00e7a me fait de belles jambes ! Ce n&rsquo;\u00e9tait rien compar\u00e9 \u00e0 aujourd&rsquo;hui ! Ce n&rsquo;est plus du stress, c&rsquo;est bien pire que \u00e7a et je vais devoir affronter seule, sans substitut, cette \u00e9preuve. Je ne trouve pas de mot pour d\u00e9crire l&rsquo;horreur qui s&rsquo;est empar\u00e9e de moi depuis qu&rsquo;on m&rsquo;a annonc\u00e9 le verdict, c&rsquo;est plus que de l&rsquo;angoisse, pire que la terreur ! A 40 ans, plus de langue&#8230; Une femme sans langue, \u00e7a te dit mon amour ! Tu devais d\u00e9j\u00e0 supporter le go\u00fbt et l&rsquo;odeur du tabac, surtout lorsqu&rsquo;il \u00e9tait froid ! Toi, qui ne fumais pas ! Maintenant, tu vas partager ta vie avec une femme muette et qui ne pourra m\u00eame plus profiter des petites joies gustatives de la vie. Fini, le bon go\u00fbt des fraises, le bon go\u00fbt du vin, fini les petits plats relev\u00e9s, et le plus insupportable de tout, fini les baisers langoureux&#8230; Moi, qui adorais t&#8217;embrasser, faire passer mon amour et mon d\u00e9sir au travers de mes baisers&#8230; Je n&rsquo;imagine pas faire l&rsquo;amour sans pouvoir t&#8217;embrasser&#8230; Quelle angoisse&#8230; De toute fa\u00e7on, cela va certainement changer notre vie intime, peut \u00eatre m\u00eame que tu ne voudras m\u00eame plus que je t&rsquo;approche&#8230; C&rsquo;est bien plus que de la tristesse, \u00e7a n&rsquo;a pas de mot&#8230; Je me sens an\u00e9antie&#8230; Je raisonne comme quelqu&rsquo;un qui va continuer \u00e0 avoir une vie intime mais ce n&rsquo;est pas gagn\u00e9&#8230; \u00a0Je n&rsquo;aurais surement plus envie avec les traitements, la fatigue et tout le reste. Qu&rsquo;est ce que je crois que je vais vivre normalement&#8230; Comme quoi, on a encore des bouff\u00e9es d&rsquo;espoir m\u00eame lorsqu&rsquo;on est au fond du gouffre. Pourtant, j&rsquo;en ai vu des gens atteints de cancer, je veux dire de cancer o\u00f9 il n&rsquo;y a pas d&rsquo;espoir et leur vie n&rsquo;\u00e9tait plus une vie ! Je le sais ! Comme on se ment&#8230; quand on veut se rassurer ! Comme on est hypocrite avec soi-m\u00eame ! Comme on a peur d&rsquo;affronter la v\u00e9rit\u00e9 ! Comme on a peur du n\u00e9ant ! Qui \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, tu peux dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb ! Avec un peu de chance, peut \u00eatre que cela ne va pas durer longtemps, ce cancer va peut \u00eatre avoir raison de moi&#8230; Qui dit que je vais m&rsquo;en sortir ? Aucun m\u00e9decin ne parierait l\u00e0-dessus !<\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9tais dit maintes et maintes fois que j&rsquo;arr\u00eaterais&#8230; J&rsquo;arr\u00eaterais quand j&rsquo;aurais des enfants, j&rsquo;arr\u00eaterais quand ma vie serait plus calme, quand professionnellement, j&rsquo;aurais un boulot stable, moins stressant, moins ceci ou plus cela. Oui, je me suis dit, \u00e7a fait longtemps que tu fumes, il va falloir t&rsquo;arr\u00eater mais je n&rsquo;ai jamais trouv\u00e9 le bon pr\u00e9texte, ni le bon moment&#8230; Facilit\u00e9 sur le moment ! Mais aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est dingue comme je regrette&#8230; Regretter, je trouve le mot faible&#8230; La langue (sans jeu de mot) fran\u00e7aise manque parfois d&rsquo;intensit\u00e9 dans ses mots et son vocabulaire ! Je trouve trop justes tous ces mots pour d\u00e9crire ce que je ressens au fond de moi, cette douleur intense aussi bien physique que morale. Je trouve trop justes tous ces mots pour exprimer mon d\u00e9sespoir&#8230; Je vais mourir, bient\u00f4t peut-\u00eatre, mais quelle inhumanit\u00e9 ce que je subis \u00a0avant ! Je ne peux plus exprimer le moindre d\u00e9sir&#8230; Je vais devoir communiquer par \u00e9crit ! J&rsquo;ai peur de ce qui m&rsquo;attend, j&rsquo;ai peur, je cr\u00e8ve de trouille&#8230; Comment partager cette terrible angoisse sans l&rsquo;\u00e9voquer avec des mots, des intonations, des cris, des pleurs&#8230; Des pleurs, si, les larmes coulent mais sans bruit, pleines de d\u00e9sespoir&#8230; des larmes d&rsquo;amertume, de col\u00e8re (contre moi), de d\u00e9go\u00fbt, de tristesse, d&rsquo;impuissance&#8230; Ne me reste plus qu&rsquo;elles pour vous montrer que je vais mal ! Pas pour vous mettre \u00e0 ma place, personne ne peut se mettre \u00e0 ma place&#8230; J&rsquo;ai toujours dit que pour savoir comment r\u00e9agir \u00e0 quelque chose, il fallait le vivre&#8230; et je ne souhaite \u00e0 personne de me comprendre aujourd&rsquo;hui, de savoir exactement ce que l&rsquo;on ressent, d&rsquo;avoir immens\u00e9ment mal au fond de soi, au fond de son \u00e2me.<\/p>\n<p>Je crois que, peut \u00eatre, j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas me r\u00e9veiller apr\u00e8s l&rsquo;op\u00e9ration. Ca aurait \u00e9t\u00e9 si simple&#8230; M&rsquo;endormir sur la table, malade mais encore enti\u00e8re et sans douleur. C&rsquo;est surement l\u00e2che mais qu&rsquo;est ce qui m&rsquo;attend maintenant ? J&rsquo;ai parl\u00e9 \u00e0 tout le monde avant l&rsquo;op\u00e9ration, j&rsquo;ai fait le tour des gens pour leur dire l&rsquo;essentiel&#8230; A mes parents, merci de m&rsquo;avoir \u00e9lev\u00e9e comme \u00e7a, d&rsquo;avoir fait de moi l&rsquo;adulte que je suis, de m&rsquo;avoir aim\u00e9e, soign\u00e9e, aid\u00e9e&#8230; enfin, je leur ai dit tout ce qu&rsquo;on ne dit pas par pudeur, par honte, par connerie mais qu&rsquo;on devrait tous dire&#8230; A mes enfants, qui sont mes plus grands tr\u00e9sors ! J&rsquo;ai dit mon amour, ma tendresse, mes espoirs pour eux, pour leur vie future&#8230; J&rsquo;ai dit l&rsquo;amour d&rsquo;une m\u00e8re&#8230; J&rsquo;ai dit l&rsquo;amour ressenti \u00e0 leur naissance. J&rsquo;ai dit mes joies et mes peines, la difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre m\u00e8re et la fiert\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre ! A mes amis, mille merci d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e0 quand j&rsquo;avais besoin d&rsquo;eux, d&rsquo;\u00eatre encore l\u00e0 aujourd&rsquo;hui et merci s&rsquo;ils sont encore l\u00e0 demain&#8230; Merci de m&rsquo;avoir aid\u00e9 \u00e0 traverser les tracas de la vie et de m&rsquo;aider \u00e0 traverser cette difficile \u00e9preuve qui m&rsquo;attend et dont nous ne savons rien ni les uns, ni les autres. Et \u00e0 toi, mon amour, j&rsquo;ai dit mon amour&#8230; Je t&rsquo;ai demand\u00e9 pardon pour tout le mal que je t&rsquo;ai fait et je t&rsquo;ai pardonn\u00e9 pour celui que tu m&rsquo;as fait&#8230; On le sait tous les deux, la vie n&rsquo;est pas un long fleuve tranquille et personne ne peut dire l&rsquo;avoir travers\u00e9 sans heurts&#8230; Mais je t&rsquo;aime et je t&rsquo;ai toujours aim\u00e9, \u00e7a, il fallait que tu le saches ! A toi, quand j&rsquo;ai su ce qu&rsquo;on allait me faire, j&rsquo;ai donn\u00e9 une derni\u00e8re nuit d&rsquo;amour (car je sais que c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re), pleine et enti\u00e8re, \u00e0 plein corps, \u00e0 pleine bouche&#8230; Une nuit d&rsquo;adolescente, pleine de fougue&#8230; On a ensuite beaucoup parl\u00e9, de nous, de la vie, des enfants&#8230; de la mort aussi&#8230; car si elle a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente dans nos vies, elle est d\u00e9sormais omnipr\u00e9sente et on la reconna\u00eet dans chaque geste, dans chaque regard, dans chaque mot&#8230; On ne peut plus l&rsquo;ignorer, elle a pris place dans mon corps&#8230; et c&rsquo;est moi qui vais perdre, elle a gagn\u00e9 d&rsquo;avance ! Je t&rsquo;ai donc dit tout mon amour mais il m&rsquo;a manqu\u00e9 des mots l\u00e0 aussi&#8230; J&rsquo;aurais voulu en inventer avant de faire voeu de silence mais je suis une personne ordinaire, avec une vie ordinaire&#8230; Ne sont sortis de ma bouche que des mots ordinaires&#8230; Pourtant, tu sais, mon coeur \u00e9tait bavard&#8230; Chaque battement cette nuit l\u00e0 \u00e9tait une douleur car je n&rsquo;allais plus pouvoir m&rsquo;exprimer et te montrer \u00e0 quel point tu comptes&#8230; \u00e0 quel point je t&rsquo;aime&#8230; Je me suis blottie contre toi et je t&rsquo;ai touch\u00e9, senti, embrass\u00e9, aim\u00e9 et l\u00e0 aussi, j&rsquo;aurais voulu mourir&#8230; Tout \u00e9tait dit&#8230; Quelle belle mort ! Mais elle n&rsquo;a pas frapp\u00e9 \u00e0 cet instant&#8230; J&rsquo;avais encore des choses \u00e0 subir et \u00e0 payer certainement ! Qu&rsquo;ai-je bien pu faire pour m\u00e9riter un tel ch\u00e2timent ? Nous avons fait une derni\u00e8re l&rsquo;amour comme un condamn\u00e9 fume sa derni\u00e8re cigarette, quelle ironie, non ?<\/p>\n<p>Je sais maintenant, que je vais devenir \u00e9go\u00efste&#8230; Tout va tourner autour de moi, quelques jours, quelques semaines voire quelques mois ! et c&rsquo;est toi qui va t&rsquo;occuper de moi&#8230; Et je vais l&rsquo;accepter car je sais qu&rsquo;il n&rsquo;y en a plus pour longtemps, que c&rsquo;est bient\u00f4t fini&#8230; Et moi, je ne te rendrai pas ce que tu vas me donner car je n&rsquo;en aurai pas la force, pas le courage, plus l&rsquo;envie&#8230; Parce que j&rsquo;aurai besoin de toi, parce que j&rsquo;aurai&#8230;, parce que j&rsquo;ai peur ! Une seule chose me rassure&#8230; C&rsquo;est que je vais mourir avant toi ! Et \u00e7a, c&rsquo;est toujours ce que j&rsquo;ai voulu au fond de mon coeur car je n&rsquo;aurais pas support\u00e9 de vivre sans toi ! De devoir supporter ton d\u00e9c\u00e8s, la douleur de ton absence&#8230; Par contre, je ne pensais pas que ce serait si t\u00f4t et je ne me sens pas pr\u00eate, j&rsquo;avais encore des choses \u00e0 vivre avec toi et les enfants. Je ne voulais pas que ce soit si jeune ! Je me sens encore tellement jeune&#8230; J&rsquo;avais encore tant d&rsquo;envies, de passions, tant de choses \u00e0 faire et \u00e0 finir. J&rsquo;aurais tellement voulu encore \u00e9crire mes po\u00e8mes, \u00e9crire ce livre qui trotte dans ma t\u00eate mais je n&rsquo;ai pas eu le temps d&rsquo;\u00e9crire parce que trop occup\u00e9e par le boulot, par les enfants, par la vie tout simplement ou peut \u00eatre pour \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eate par peur et par doute. Parce qu&rsquo;au fond de moi, je sais que je ne suis pas un \u00e9crivain mais juste une amoureuse des mots qui s&rsquo;essaie \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture et qui en tire simplement un grand bonheur. J&rsquo;avais encore tellement de voyages \u00e0 faire, de pays \u00e0 d\u00e9couvrir, tant de levers et de couchers de soleil \u00e0 admirer. J&rsquo;avais tellement d&rsquo;amour \u00e0 vous donner&#8230; \u00e0 toi et aux enfants !<\/p>\n<p>Toi, tu es plus fort que moi, tu vas arriver \u00e0 vivre sans moi ! Il vaut mieux que ce soit dans ce sens l\u00e0. Une nouvelle larme silencieuse glisse le long de ma joue&#8230; La douleur dans ma poitrine est si forte que j&rsquo;ai l&rsquo;impression que mon coeur va exploser&#8230; Je suis encore en vie et mon coeur a encore de l&rsquo;amour en lui ! C&rsquo;est rassurant&#8230; Mais pour combien de temps ?<\/p>\n<p>J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 trouillarde&#8230; c&rsquo;est peut \u00eatre pour \u00e7a que je me suis inflig\u00e9e un parcours du combattant pareil ! Mais je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;on a beau \u00eatre peureuse, on ne ma\u00eetrise rien et quand on n&rsquo;a pas le choix, on n&rsquo;a pas le choix ! Toi, lorsqu&rsquo;on parlait maladie, tu me disais toujours, si je deviens un l\u00e9gume, qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;espoir, je ne veux plus vivre&#8230; Tu devras faire le n\u00e9cessaire pour que je m&rsquo;en aille dignement&#8230; et moi, qui ai toujours eu peur de la mort, je te disais, pour moi, on verra bien&#8230; Rien ne vaut a vie et on n&rsquo;en a qu&rsquo;une&#8230; donc ne fais rien, si je ne te dis rien&#8230; Cette fois, je te comprends et j&rsquo;ai envie de mourir, j&rsquo;ai envie d&rsquo;en finir car je ne veux pas \u00eatre une poup\u00e9e de chiffon sans d\u00e9sir, sans avenir qui souffre et qui t&rsquo;encombre&#8230; Je ne veux pas \u00eatre un poids ! Je veux rester dans ta t\u00eate comme ton amour&#8230; Comme quelqu&rsquo;un de souriant, aimant la vie, mon monde&#8230; Aimant bouger et voyager ! Moi, qui ai toujours fait attention \u00e0 mon poids, je voudrais que tu gardes de moi, le souvenir de la petite bonne femme un peu ronde et non le souvenir d&rsquo;une femme d\u00e9charn\u00e9e, bouff\u00e9e par la maladie&#8230; Trouillarde certes mais vivante ! Je veux que tu te souviennes de mon sourire, de mes yeux p\u00e9tillants&#8230; de cette soif d&rsquo;amour qui m&rsquo;envahissait souvent ! De mes rires sonores ! Qui d\u00e9rangeaient les gens bien pensant&#8230; De mes col\u00e8res et de mes chagrins quand je regardais la soci\u00e9t\u00e9 en face&#8230; Je veux que tu te souviennes de mon amour, des mots d&rsquo;amour, moi, qui ne peux plus t&rsquo;en dire&#8230; Moi, qu&rsquo;on disait bavarde ! Je voudrais que tu gardes de moi une image r\u00e9elle, celle d&rsquo;une femme avec des d\u00e9fauts et des qualit\u00e9s, une femme souvent pleine d&rsquo;incompr\u00e9hension face \u00e0 l&rsquo;injustice, aux mensonges, \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 gratuite des gens&#8230; Je crois que j&rsquo;\u00e9tais trop simple pour cette vie, trop fragile, c&rsquo;est s\u00fbr ! Je n&rsquo;ai jamais compris qu&rsquo;on fasse des diff\u00e9rences entre les gens car nous sommes tous faits pareils et nous aspirons tous \u00e0 la m\u00eame chose, le bien \u00eatre, l&rsquo;amour&#8230; Nous n&rsquo;aspirons qu&rsquo;\u00e0 vivre le mieux possible avant de mourir&#8230; Nous avons tous la m\u00eame destin\u00e9e. Chacun \u00e0 son niveau ! C&rsquo;\u00e9tait peut \u00eatre utopique&#8230; mais sinc\u00e8re !<\/p>\n<p>Je te disais tout \u00e0 l&rsquo;heure que tu allais t&rsquo;occuper de moi mais non, apr\u00e8s r\u00e9flexion, je ne veux pas \u00eatre ce fardeau, je ne veux pas d&rsquo;une vie qui n&rsquo;en ai pas une. Je ne veux pas vivre \u00e0 moiti\u00e9&#8230; Au ralenti ! \u00a0En plus, je n&rsquo;ai pas envie qu&rsquo;on m&rsquo;infantilise, qu&rsquo;on me parle comme \u00e0 une vieille qui n&rsquo;aurait plus toute sa t\u00eate ! Car j&rsquo;ai, malheureusement, toute ma t\u00eate et m\u00eame si je d\u00e9p\u00e9ris physiquement, je resterai, je crois, h\u00e9las lucide jusqu&rsquo;au bout. Alors, avant qu&rsquo;on me traite comme \u00e7a, je partirai. Je te demande donc aujourd&rsquo;hui, mon amour, de m&rsquo;aider \u00e0 vivre encore quelques jours car j&rsquo;ai envie de revoir le soleil, se sentir ses rayons sur mon dos&#8230; J&rsquo;ai envie de respirer \u00e0 pleins poumons l&rsquo;air frais du printemps qui arrive&#8230; de revoir la mer une derni\u00e8re fois, de toucher le sable&#8230; de caresser un chien&#8230; de dormir pr\u00e8s de toi, tout contre toi&#8230; de vous serrer tous les trois contre mon \u00a0coeur ! Et puis, quand j&rsquo;aurai fait \u00e7a, tant que je tiens encore debout, tu m&rsquo;aideras \u00e0 mourir dignement ! Une derni\u00e8re larme au bord de mes yeux, triste de vous quitter, triste de partir si t\u00f4t&#8230; Je te dis merci car je sais que tu vas le faire, toi, qui es courageux&#8230; toi, qui m&rsquo;aimes, toi, qui sauras m&rsquo;aider et me soutenir jusqu&rsquo;au bout, tu sauras m&rsquo;aider \u00e0 mourir ! Oui, j&rsquo;ai confiance en toi, tu sauras !<\/p>\n<p>Et, je voudrais mon amour quand je vais mourir, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait que des gens sinc\u00e8res \u00e0 mon enterrement ! Quand je dis sinc\u00e8res, ce sont des gens qui m&rsquo;appr\u00e9ciaient vraiment. Ma famille et encore par toute, celle que je vois, celle avec qui j&rsquo;ai partag\u00e9 des choses. Mes vrais amis, ceux que je compte sur les doigts d&rsquo;une main&#8230; qui ont ou auraient \u00e9t\u00e9 l\u00e0 en cas de p\u00e9pins. Quelques coll\u00e8gues de travail avec qui, j&rsquo;ai eu de vraies relations humaines. Je ne veux pas de ces fourbes qui me faisaient des sourires ou des courbettes et qui disaient du mal par derri\u00e8re&#8230; Pas de ceux qui ont dit toout et n&rsquo;importe quoi sans savoir, juste parce que \u00e7a faisait bien de le r\u00e9p\u00e9ter et d&rsquo;y croire&#8230; Pas de ces marchands de cin\u00e9ma, pour qui \u00e7a fait du bien d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;enterrement parce qu&rsquo;on la connaissait, ceux dont je parlais tout \u00e0 l&rsquo;heure qui vivent mieux quand les autres meurent&#8230; Fais le tri ! Je te dirais bien de ne pas laisser venir ceux que je n&rsquo;aimais pas mais je ne voudrais pas que tu perdes certains de tes proches ou de tes amis, et d&rsquo;aucuns risqueraient d&rsquo;\u00eatre surpris alors je serai fourbe dans ma mort comme j&rsquo;ai pu l&rsquo;\u00eatre dans ma vie&#8230; Pour ne froisser aucune sensibilit\u00e9 et ne pas avoir d&rsquo;explications \u00e0 fournir.<\/p>\n<p>Je t&rsquo;aime, je sais que tu feras au mieux&#8230; Br\u00fble-moi et mets-moi dans une petite urne dans le cimeti\u00e8re de notre petit village afin que ceux qui le souhaitent puissent venir se recueillir et\/ou me parler de temps en temps. Juste que mon nom demeure quelque part et qu&rsquo;on sache qu&rsquo;un jour, j&rsquo;ai exist\u00e9&#8230; et oui, toujours mon culte de la personnalit\u00e9, que veux-tu m\u00eame face \u00e0 la mort, il y a des travers auxquels on n&rsquo;\u00e9chappe pas. Je ne suis qu&rsquo;humaine, personne n&rsquo;est parfait ! Et surtout pas moi, loin de l\u00e0 ! De l\u00e0, \u00e0 m\u00e9riter ce qui m&rsquo;arrive&#8230; Je me pose la question, pourquoi moi, pourquoi maintenant ? Mais il n&rsquo;y a aucune r\u00e9ponse, c&rsquo;est la fatalit\u00e9 ! Curieux mot dans ma bouche&#8230; enfin dans ma t\u00eate&#8230; FATALITE !!! Je me donne quelques jours pour vous regardez vivre&#8230; Pour me rassurer, vous donnez quelques conseils&#8230; et tu m&#8217;emm\u00e8neras en Suisse, tu sais cette institution dont on a vu un reportage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9&#8230; o\u00f9 l&rsquo;on part tranquillement comme si on s&rsquo;endormait ! Tu m&rsquo;accompagneras et ensemble, comme tout ce qu&rsquo;on a fait d&rsquo;important dans notre vie, tu m&rsquo;aideras \u00e0 partir dignement loin de toute cette cohue m\u00e9dicale&#8230;<\/p>\n<p>Je veux mourir un jour de soleil pour sentir une derni\u00e8re fois ses rayons sur ma peau, la fen\u00eatre ouverte pour respirer l&rsquo;air du printemps, ni trop chaud, ni trop frais&#8230; Je sais que j&rsquo;aurai peur&#8230; Je te regarderai pour remplir ma t\u00eate de ton image et partir rassur\u00e9e, main dans la main&#8230; sentant ta chaleur, dans un dernier bisou, peut \u00eatre sur la bouche, en esp\u00e9rant que tu ne m&rsquo;oublies jamais et lire dans tes yeux, une derni\u00e8re fois ton amour et s\u00fbrement ton chagrin. Avoir cette pens\u00e9e commune dont on avait si souvent parl\u00e9, cette promesse que l&rsquo;on s&rsquo;est faite depuis si longtemps : je m&rsquo;en vais et je t&rsquo;aimerai jusque la fin de ma mort ! Ca, je te le jure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: 'arial black', sans-serif; font-size: 24px;\">LUI<\/span><\/p>\n<p>Depuis quelques temps, tu ne te sentais pas bien&#8230; fatigu\u00e9e ! Enerv\u00e9e&#8230; Des douleurs dans la gorge et une toux qui ne voulait pas s&rsquo;arr\u00eater. Je ne m&rsquo;inqui\u00e9tais pas vraiment, les mauvaises nouvelles, c&rsquo;est pour les autres ! Et puis, \u00e0 part le fait que tu fumes, nous avions une vie plut\u00f4t saine ! Je ne t&rsquo;ai pas pouss\u00e9e \u00e0 aller chez le m\u00e9decin car tu as souvent des douleurs par ci, par l\u00e0, tu te plains de maux de t\u00eate, et chaque fois, ce n&rsquo;est rien ! Les m\u00e9decins mettaient tout sur le stress, le fait que tu sois trop \u00e9motive, trop angoiss\u00e9e&#8230; Mais la douleur devant forte et insupportable, tu t&rsquo;es finalement d\u00e9cid\u00e9e ! et moi, je t&rsquo;ai dit, \u00e7a va encore \u00eatre psychologique, comme d&rsquo;habitude ! J&rsquo;\u00e9tais loin de me douter que tu entrais dans des phases \u00a0d&rsquo;examens qui allaient m&rsquo;assommer, KO \u00a0debout : cancer&#8230; cancer de la langue !<\/p>\n<p>Je t&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 maintes reprises de t&rsquo;arr\u00eater de fumer&#8230; Mais \u00e0 part pendant tes grossesses o\u00f9 tu as eu la volont\u00e9 et le courage, tu ne t&rsquo;es jamais d\u00e9cid\u00e9e ! Je n&rsquo;ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 t&rsquo;influencer. Aujourd&rsquo;hui, je m&rsquo;en veux de ne pas avoir plus insist\u00e9&#8230; De ne pas te l&rsquo;avoir impos\u00e9 ! Mais on ne peut rien t&rsquo;imposer \u00e0 toi ! Tu avais ta r\u00e9ponse toute pr\u00eate, tu me \u00a0la lan\u00e7ais \u00a0avec ton sourire charmeur : \u00ab\u00a0oui, un jour quand je serai capable de tout assumer seule, quand j&rsquo;aurai grandi !\u00a0\u00bb et je capitulais. Comme j&rsquo;ai eu tort, comme je m&rsquo;en veux car tu n&rsquo;as pas grandi, tu as vieilli ! Tu es pass\u00e9 directement de l&rsquo;inconscience \u00e0 l&rsquo;inconcevable v\u00e9rit\u00e9 !<\/p>\n<p>Avant ton op\u00e9ration, nous avons beaucoup discut\u00e9 ou plut\u00f4t toi, tu as beaucoup parl\u00e9 pour compenser le silence qui va s&rsquo;imposer entre nous d\u00e8s la fin de celle-ci. Je t&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 me dire tout ton amour, me donner des conseils possibles quant aux enfants, quant \u00e0 la fa\u00e7on, dont je vais devoir vivre avec toi et peut-\u00eatre sans toi&#8230; mais je ne sais pas si je t&rsquo;ai bien entendu&#8230; J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 dans l&rsquo;angoisse de l&rsquo;apr\u00e8s&#8230; Il va falloir que je sois fort pour deux et m\u00eame si vous me dites souvent que suis inhumain, un robot, un automate, aujourd&rsquo;hui, je ne me sens pas si fort que \u00e7a ! Je crains de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur, de m&rsquo;\u00e9crouler. Il va me falloir un soutien ext\u00e9rieur, moi, qui me targuais de toujours tout assumer tout seul, je ne crois plus dans ces circonstances en \u00eatre capable. Je sais que mes fr\u00e8re et soeur seront l\u00e0&#8230; Je vais pouvoir compter sur eux et je sais que je vais avoir besoin d&rsquo;eux et que je les laisserai faire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le jour \u00ab\u00a0J\u00a0\u00bb et j&rsquo;ai attendu, en tournant en rond dans la salle d&rsquo;attente, fou d&rsquo;inqui\u00e9tude et plein de questions sur notre avenir&#8230; Comment vas-tu r\u00e9agir ? et moi ? Vais-je \u00eatre avec toi comme avant ? Vais-je pouvoir te regarder comme je te regardais hier ? J&rsquo;ai peur ! Serais-je \u00e0 la hauteur de tes attentes, et surtout qu&rsquo;elles seront-elles ?<\/p>\n<p>Bien-s\u00fbr, j&rsquo;ai de la compassion pour toi et de l&rsquo;amour&#8230; Mais en m\u00eame temps, j&rsquo;\u00e9prouve de la col\u00e8re contre toi, contre moi, contre la vie qui n&rsquo;\u00e9pargne personne&#8230; Je suis en col\u00e8re contre toi qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;arr\u00eater de fumer \u00e0 temps&#8230; Contre moi de ne pas avoir trouv\u00e9 les bons mots et les bons arguments&#8230; En col\u00e8re contre la vie car tu ne m\u00e9ritais pas une telle souffrance physique et psychologique&#8230; La vie ne fait vraiment aucun cadeau !<\/p>\n<p>Notre vie n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 facile, nous avons eu de grands tourments mais nous avons toujours su nous en sortir. \u00a0Comment faire face \u00e0 un tel merdier, une telle \u00e9preuve ? M\u00eame avec tout l&rsquo;amour du monde ! Tu \u00e9tais mon petit canon,&#8230; Ma petite femme et j&rsquo;\u00e9tais si fier de sortir \u00e0 ton bras&#8230; Bien-s\u00fbr, je ne t&rsquo;aimais pas uniquement pour ton physique mais c&rsquo;\u00e9tait important pour moi&#8230; Je t&rsquo;aimais aussi pour \u00e7a ! Quel regard vais-je porter sur une femme sans langue ? Aurais-je envie de te faire l&rsquo;amour ? Et toi, en auras-tu encore envie ? C&rsquo;est \u00e9go\u00efste de ma part de telles pens\u00e9es, je le sais et je m&rsquo;en veux&#8230; Mais je ne peux les emp\u00eacher de me traverser l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Et puis, moi, qui ne suis pas tr\u00e8s bavard, \u00e7a me paralyse de penser que nous n&rsquo;aurons plus de conversations, qu&rsquo;il faudra toujours s&rsquo;\u00e9crire pour exprimer la moindre pens\u00e9e, le moindre soucis du quotidien. Je pense que \u00e7a va m&rsquo;enfermer encore plus dans mes silences, comme lorsque tu me reprochais d&rsquo;\u00eatre dans ma bulle. Toi, tu seras dans ta bulle et moi, dans la mienne&#8230; contraints et forc\u00e9s&#8230; On partagera des images, des musiques mais dans le silence le plus total&#8230; sans aucun \u00e9change ? Ca me para\u00eet bizarre quand j&rsquo;y pense ! Une vie silencieuse ! Sans go\u00fbt ! Nous, qui avions appris \u00e0 desguster ensemble des mets appr\u00e9ciables et appr\u00e9ci\u00e9s. Je serai, d\u00e9sormais, seul \u00e0 pouvoir encore jouir des ces plaisirs gustatifs. Fini, les petits restos en vacances, en balade ou pour nos anniversaires ! Fini, le sancerre avec le petit fromage de ch\u00e8vre que tu aimais tellement ou le morceau de camembert avec le beaujolais&#8230; fini, fini, fini&#8230; Finie la vraie vie ! D\u00e9bute pour toi une vie de privation, de douleur, de d\u00e9sespoir ! Fini d&rsquo;entendre en rentrant du boulot ta voix qui chantait les tubes du moment, ceux que tu aimais et que tu reprenais \u00e0 tut-t\u00eate parce que tu adorais chanter&#8230; Fini d&rsquo;entendre les mots d&rsquo;amour que je trouvais que tu disais trop&#8230; Je me rends compte \u00e0 quel point, j&rsquo;\u00e9tais idiot de dire de telles choses ! Oui, je voudrais que tu me les susurres, que tu me les dises, que tu me les chantes, que tu me les hurles&#8230; Sur toute la gamme, sur tous les tons ! Tu me les as dit une derni\u00e8re fois dans un sanglot&#8230; et je les ai enregistr\u00e9s au plus profond de moi et je les garde comme des pierres pr\u00e9cieuses, lov\u00e9s au fond de mon coeur. Nous avons fait l&rsquo;amour comme jamais, comme j&rsquo;aimais&#8230; Peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois ! car je ne sais pas si je serai capable de recommencer, ni si toi, tu en auras envie ou si tu pourras tout simplement. L&rsquo;avenir nous le dira, j&rsquo;ai peu d&rsquo;espoir !<\/p>\n<p>Puis, ils m&rsquo;ont dit, vous pouvez entrer dans sa chambre, elle est r\u00e9veill\u00e9e. Je ne suis pas venu tout de suite, j&rsquo;avais encore besoin de te r\u00eaver telle que tu \u00e9tais ce matin en partant pour la salle d&rsquo;op\u00e9ration. J&rsquo;avais envie de rester encore un peu avec la femme que j&rsquo;aimais enti\u00e8re et vivante. J&rsquo;avais envie de passer encore un moment en ta compagnie comme s&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9tait rien pass\u00e9&#8230; Ce n&rsquo;est pas la l\u00e2chet\u00e9 qui m&rsquo;a retenue, non ! Mais vraiment le besoin de vivre encore quelques minutes hors du drame, \u00a0hors de la maladie car je savais que nous en prenions pour un moment&#8230; Enfin, j&rsquo;esp\u00e8re le plus longtemps possible car je t&rsquo;aime et je ne veux pas te perdre ! J&rsquo;ai mal au fond de moi&#8230; Mal et envie de hurler ma douleur&#8230; Mais je ne vais pas pouvoir, je vais devoir entrer, te sourire pour te rassurer et te parler pour calmer tes angoisses. Il faut que je sois fort ! Encore plus que d&rsquo;habitude ! Tu as toujours compt\u00e9 sur moi pour tout et l\u00e0, encore une fois, je ne vais pas t&rsquo;abandonner, tu vas pouvoir t&rsquo;appuyer sur moi ! Je vais tenir&#8230; Il faut que je tienne !!<\/p>\n<p>Nous avons parl\u00e9 aux enfants, tent\u00e9 de leur expliquer&#8230; Ils ont compris la gravit\u00e9 du message, la gravit\u00e9 du mot cancer, ils ont compris que leur vie allait \u00eatre boulevers\u00e9e mais ils n&rsquo;ont pas mesur\u00e9 toute l&rsquo;ampleur de ce que cela allait impliquer&#8230; M\u00eame s&rsquo;ils ont pleur\u00e9&#8230; Heureusement, ce ne sont que des enfants !<\/p>\n<p>Je prends mon courage \u00e0 deux mains et je me lance. J&rsquo;entrouve la porte de la chambre qui pue l&rsquo;h\u00f4pital, cette chambre trop blanche et je te vois, allong\u00e9e, plus blanche encore que la chambre, avec tes perfusions, les yeux mi-clos mais je sais que tu ne dors pas. Tu as tourn\u00e9 la t\u00eate vers moi et pour la premi\u00e8re fois dans ton regard, il n&rsquo;y a aucun \u00e9clair, aucun sourire dans tes yeux&#8230; Juste de la tristesse, de la peur, beaucoup de questions ! Je m&rsquo;approche, je t&#8217;embrasse sur le front doucement comme si un simple baiser pouvait te casser en mille morceaux, et finalement, je me l\u00e2chen je te serre tr\u00e8s fort dans mes bras et je pleure&#8230; sans bruit&#8230; mais je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 retenir mes larmes, elles sont arriv\u00e9es sans que je ne ma\u00eetrise rien&#8230; Tu vois, je ne suis pas si fort que vous le pensiez&#8230; et je d\u00e9teste te voir dans cet \u00e9tat ! Mes larmes ont amen\u00e9 leurs soeurs sur tes joues&#8230; Nous pleurons comme deux gamins, des pleurs silencieux et tellement lourds ! De grosses larmes chaudes qui coulent sans que j&rsquo;arrive \u00e0 les arr\u00eater. Je prends ta main et je ne dis rien&#8230; Pas besoin, nous nous comprenons !<\/p>\n<p>Je te regarde&#8230; Que tu es p\u00e2le ! Comme la maladie t&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9e&#8230; et ce n&rsquo;est que le d\u00e9but ! A quoi vas-tu ressembler, toi que je trouvais si mignonne, que j&rsquo;appelais ma petite fleur ! Tu as d\u00e9j\u00e0 perdu un peu de poids depuis qu&rsquo;on nous l&rsquo;a annonc\u00e9 ! Tu as encore tes petites joues mais pour combien de temps ? Tes yeux ont d\u00e9j\u00e0 perdu de leur vigueur et de leur \u00e9clat, je sais d\u00e9j\u00e0 que le reste suivra.<\/p>\n<p>L&rsquo;odeur de la chambre m&rsquo;incommode, \u00e7a pue la mort ! J&rsquo;aurais envie de sortir courir un marathon et je reste, l\u00e0, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi toujours sans un mot. Que te dirais-je d&rsquo;ailleurs, un \u00ab\u00a0\u00e7a va ?\u00a0\u00bb ; \u00e7a n&rsquo;a pas de sens, je sais que \u00e7a ne va pas, je sais que tu as peur, je sais que tu regrettes de na pas avoir su arr\u00eater cette foutue cigarette&#8230; Je sais comme tu dois \u00eatre mal m\u00eame si l\u00e0, tu n&rsquo;as pas l&rsquo;air de souffrir physiquement, tu as une perfusion qui doit \u00eatre un puissant analg\u00e9sique, je sais \u00e0 quel point, tu souffres par contre, moralement. On dirait que tu t&rsquo;es assoupie mais je ne suis pas s\u00fbr&#8230; Peut-\u00eatre, es-tu dans tes pens\u00e9es et que tu pr\u00e9f\u00e8res garder les yeux ferm\u00e9s pour ne pas que je vois ta tristesse et ta peur&#8230; Pour ne pas m&rsquo;affoler plus ! Les larmes se sont arr\u00eat\u00e9es d&rsquo;elles-m\u00eames comme elles \u00e9taient venues&#8230; Mais j&rsquo;ai le coeur lourd ! Il ne faudrait pas grand-chose pour que je craque \u00e0 nouveau&#8230; Peut \u00eatre que c&rsquo;est pour \u00e7a aussi que tu gardent tes yeux ferm\u00e9s pour que nos regards ne se croisent plus et qu&rsquo;on ne pleure plus. Le silence dans la chambre est pesant&#8230; J&rsquo;ai chaud et je n&rsquo;ose pas ouvrir la fen\u00eatre de peur que tu aies froid !<\/p>\n<p>Les enfants sont chez leurs grands-parents, ils ne viendront pas te voir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, je pr\u00e9f\u00e8re leur \u00e9viter \u00e7a&#8230; Je n&rsquo;ai pas envie qu&rsquo;il garde \u00e7a dans leur m\u00e9moire ! Ils voulaient venir bien-s\u00fbr mais pourquoi les perturber plus encore qu&rsquo;ils ne le sont d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;ils t&rsquo;avaient vu livide dans ce lit avec tes perfusions et tes drains&#8230; J&rsquo;ai bien fait, j&rsquo;en suis convaincu ! Ils vont d\u00e9j\u00e0 \u00eatre choqu\u00e9s lorsqu&rsquo;ils te verront lors de ton retour si apathique, toi, qui a toujours \u00e9t\u00e9 si vive. Ils ne vont pas te reconna\u00eetre ! Que vont-ils penser que tu ne puisses plus leur parler, que tu ne puisses plus chanter, toi qui chantais d\u00e8s que tu mettais un de tes CD dans la maison, dans la voiture. Et toi, qui \u00e9tais si gaie, que vont-ils penser de te voir si triste ? Il faudra que je sois l\u00e0, que j&rsquo;explique&#8230; Faudra t-il tout leur dire ? Sont-il en mesure de tout entendre, de tout saisir, de tout ing\u00e9rer et surtout de tout dig\u00e9rer ? Ca m&rsquo;\u00e9tonnerait, il va falloir que je sois tr\u00e8s psychologue, tr\u00e8s diplomate et tr\u00e8s gentil&#8230; Ce n&rsquo;est pas gagn\u00e9 d&rsquo;avance !! Il va falloir vivre diff\u00e9remment et composer avec eux bien plus que je ne l&rsquo;ai fait jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant.<\/p>\n<p>Nous allons vivre ensemble cette \u00e9preuve mais je sais d\u00e9j\u00e0 que nos routes sont d\u00e9sormais parall\u00e8les, nous, avec notre vie au quotidien et la tienne avec la maladie et tout ce qui gravite autour : les soins, les m\u00e9dicaments, la chimio, la douleur, les angoisses, que sais-je encore ? Bien-s\u00fbr, je serai avec toi le plus possible mais je ne pourrai pas \u00eatre l\u00e0 24 h\/24. Il faudra bien continuer \u00e0 travailler, s&rsquo;occuper des enfants et de la maison, avoir un semblant de vie. La maladie nous a s\u00e9par\u00e9 et nous s\u00e9parera de plus en plus ! J&rsquo;en ai bien conscience et c&rsquo;est difficile \u00e0 admettre et \u00e0 accepter. Il faudra que je sois \u00e0 la hauteur. Je ne sais pas encore ce que \u00e7a implique vraiment mais y arriverais-je ? Arriverais-je \u00e0 avoir la patience n\u00e9cessaire, le temps pour tout faire et tout g\u00e9rer ! Je ne suis pas anxieux d&rsquo;habitude mais l\u00e0, \u00e7a me semble insurmontable&#8230; Peut-\u00eatre qu&rsquo;il faudrait que je prenne une ann\u00e9e sabbatique ? Je vais en discuter avec toi et \u00e9valuer si c&rsquo;est possible financi\u00e8rement. Je ne sais plus ! Je me sens tellement perdu, si seul&#8230; Ce n&rsquo;est pas facile pour moi non plus, tu sais ?,Mais malgr\u00e9 tout, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre \u00e0 ma place qu&rsquo;\u00e0 la tienne. Je me demande comment tu vas faire pour affronter tout \u00e7a, toi qui es si peureuse et qui t&rsquo;angoisse pour un oui, pour un non. Il para\u00eet qu&rsquo;on devient plus fort dans ce genre de situation mais toi, petit bout de femme, vas-tu pouvoir te surpasser ? Aller plus loin ? Lutter ? Vas-tu pouvoir faire face \u00e0 la douleur ? Ne vas-tu pas sombrer rapidement dans les m\u00e9andres de toute cette m\u00e9decine et te laisser emporter plus t\u00f4t que pr\u00e9vu ?<\/p>\n<p>Je sais que tu as peur de la mort, nous avons souvent abord\u00e9 le sujet de l&rsquo;euthanasie tous les deux et je sais que tu ne me demanderas jamais de t&rsquo;aider \u00e0 mourir. Tu m&rsquo;as toujours dit que tant qu&rsquo;il y a de la vie, il y a de l&rsquo;espoir ! Tu \u00e9tais contre le fait que moi, je ne veuille jamais devenir un l\u00e9gume et tu trouvais dur que je puisse te demander de m&rsquo;aider \u00e0 mourir si besoin, tu disais que tu n&rsquo;aurais pas la force de m&rsquo;assister et d&rsquo;assister \u00e0 \u00e7a&#8230; Que tu m&rsquo;aimais trop ! Que ce serait insurmontable ! Aujourd&rsquo;hui, tu vois, je te comprends ! Je n&rsquo;ai pas envie que tu me le demandes. Je veux t&rsquo;aider \u00e0 vivre, \u00e0 te soigner et s\u00fbrement pas \u00e0 mourir&#8230; Tu avais encore une fois raison. On ne sait pas comment on va r\u00e9agir face \u00e0 une situation donn\u00e9e tant qu&rsquo;on n&rsquo;est pas confront\u00e9 \u00e0 cette situation&#8230; Combien de fois, tu me l&rsquo;as dit, quand tu entendais des gens dire, moi, \u00e0 sa place, j&rsquo;aurais fait \u00e7a ou ci&#8230; Ca te mettait en col\u00e8re&#8230; Mais vous n&rsquo;\u00eates pas \u00e0 sa place, vous ne savez pas ce qu&rsquo;elle a v\u00e9cu et le pourquoi de son choix. Vous n&rsquo;avez pas la m\u00eame histoire, vous ne savez rien de ce qui la fait r\u00e9agir comme \u00e7a, vous ne ressentez pas les m\u00eames \u00e9motions. Oui, tu avais raison, dans la th\u00e9orie, c&rsquo;est facile \u00e0 dire, je te conseille l&rsquo;euthanasie, tu souffres, et de toute fa\u00e7on, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question de temps. Mais l\u00e0, je veux que tu vives, que tu te battes, je veux qu&rsquo;on vive encore ensemble, je veux pouvoir encore t&rsquo;aimer et te le dire. J&rsquo;ai besoin de toi. Il faudra que je te le dise, je ne te l&rsquo;ai pas assez dit&#8230; Erreur d&rsquo;homme trop fier et trop con ! Je m&rsquo;angoisse \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que tu veuilles mourir. J&rsquo;ai eu tellement d&rsquo;arguments pour ! Mais non, c&rsquo;est impossible, tu n&rsquo;es pas assez courageuse&#8230; Remarque, c&rsquo;est peut \u00eatre ce qui va te pousser \u00e0 le vouloir car il en faut du courage pour aller se soigner et lutter contre cette merde !<\/p>\n<p>Je m&rsquo;imagine mal t&#8217;emmener en Suisse dans un \u00e9tablissement comme celui qu&rsquo;on avait vu \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, sachant que je t&rsquo;accompagne vers la mort et sachant que je ne te reverrai plus jamais et que je rentrerai seul ! Qu&rsquo;ensuite, j&rsquo;affronterai la vie, seul avec les enfants, sans ton regard, sans ton sourire, sans ta pr\u00e9sence. Il faudrait ne rien montrer alors que je serais mort de trouille face \u00e0 ma propre r\u00e9action et face \u00e0 la tienne. Il faudrait \u00eatre fort, alors que j&rsquo;aurais envie de m&rsquo;\u00e9crouler et de te garder serrer tout contre moi ! Il faudrait ne pas pleurer en tout cas pas jusqu&rsquo;au dernier moment&#8230; Il faudrait que je me dises : \u00ab\u00a0c&rsquo;est mieux ainsi, elle souffre trop et de toute fa\u00e7on, si ce n&rsquo;est pas aujourd&rsquo;hui, ce sera peut-\u00eatre demain ou apr\u00e8s-demain mais ce sera ! Il vaut mieux que ce soit dans de bonnes conditions et dans un lieu o\u00f9 tout est pr\u00e9vu pour que tout se passe au mieux\u00a0\u00bb. Oui, il faudrait se dire \u00e7a ! Mais l\u00e0, je ne m&rsquo;en sens pas capable. Il faudra que je reste pr\u00e8s de toi, que je te tienne la main, que je t&#8217;embrasse une derni\u00e8re fois sachant que c&rsquo;est la derni\u00e8re fois. Non, c&rsquo;est impensable&#8230; Heureusement, je sais que tu ne me le demanderas pas. Heureusement, je sais que tu es contre, tu n&rsquo;es pas pour, pas pour toi ! Merci&#8230; C&rsquo;est un soulagement. Bien-s\u00fbr, si tu l&rsquo;exigeais, je ne pourrais pas te contrarier et je te soutiendrais jusqu&rsquo;au bout mais je ressortirai comment de cette \u00e9preuve ? En loque, desoeuvr\u00e9&#8230; Car tu es une sentimentale et tu voudras que ce soit intense jusqu&rsquo;au bout et je sais que je lirai la d\u00e9tresse, l&rsquo;angoisse, l&rsquo;amour dans tes yeux. Je lirai dans tes yeux, une derni\u00e8re qu\u00eate d&rsquo;amour&#8230; des sentiments sinc\u00e8res et profonds ! Je sais que je te dirai avec de la peine plein les yeux , avant que mon monde ne s&rsquo;\u00e9croule et que je reparte la mort dans l&rsquo;\u00e2me : \u00ab\u00a0je t&rsquo;aime mon amour et je t&rsquo;aimerai jusque la fin de ma mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: 'arial black', sans-serif; font-size: 24px;\">EPILOGUE<\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s son hospitalisation, elle est rentr\u00e9e \u00e0 la maison. Elle a essay\u00e9 de faire aupr\u00e8s des enfants comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait mais \u00e7a n&rsquo;a plus jamais \u00e9t\u00e9 comme avant, elle se sentait vite \u00e9puis\u00e9e. Elle les a pris le plus souvent contre elle pour de longs et tendres c\u00e2lins, leur montrant \u00e0 quel point elle pouvait les aimer. Elle aimait sentir leur chaleur, la douceur de leur peau. Elle prenait tout \u00e7a comme un cadeau et comme si elle allait pouvoir emporter ces moments de tendresse, ces images avec elle. Elle savait pourtant, que \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas possible. Pour elle, il n&rsquo;existait pas de vie apr\u00e8s la mort mais malgr\u00e9 tout, elle vivait ces instants de douceur comme si c&rsquo;\u00e9tait envisageable. Les enfants, avaient pris comme un jeu de parler \u00e0 maman en, eux aussi, se servant de l&rsquo;ardoise magique pour communiquer. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils avaient laiss\u00e9 croire car ils n&rsquo;\u00e9taient pas dupes et chacun savait bien que la situation \u00e9tait dramatique. Mais intelligemment, ils avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se donner l&rsquo;illusion d&rsquo;un jeu plut\u00f4t que de rajouter du plomb dans cette ambiance d\u00e9j\u00e0 trop pesante pour tout le monde.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, elle a pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 regarder autour d&rsquo;elle, comme si elle d\u00e9couvrait tout ce qui l&rsquo;entourait, \u00e0 marcher dans son jardin doucement, \u00e0 son rythme pour ne pas trop se fatiguer et profiter du jardin qui renaissait. Tout lui semblait joli et \u00e7a la rendait triste&#8230; Elle n&rsquo;allait plus en profiter longtemps.<\/p>\n<p>Elle n&rsquo;avait pas encore parl\u00e9 \u00e0 son \u00a0mari de son projet d&rsquo;en finir avec la vie mais elle le ferait bient\u00f4t. Elle s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;automne pour revivre un printemps, un \u00e9t\u00e9 et le d\u00e9but de l&rsquo;automne, une saison qu&rsquo;elle adorait pour ses couleurs et ses odeurs. Mais l\u00e0, l&rsquo;odeur, il n&rsquo;y aurait plus ! Elle esp\u00e9rait r\u00e9sister jusque l\u00e0, elle n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00fbre que cela soit possible. Quoiqu&rsquo;il en soit, elle demanderait \u00e0 son mari de l&rsquo;accompagner en Suisse.<\/p>\n<p>Elle avait recul\u00e9 l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mourir au printemps, ne lui avait finalement paru une bonne id\u00e9e, on ne meurt pas quant tout rena\u00eet et tant qu&rsquo;elle se sentait encore capable de tenir debout, elle lutterait&#8230; pour profiter encore un peu de ses enfants et de son mari, des plaisirs simples qui lui restaient&#8230; Tant qu&rsquo;elle ne souffrirait pas trop ou tant qu&rsquo;elle supporterait de souffrir&#8230; Et puis, si l&rsquo;automne lui semblait trop loin, il serait toujours temps de revoir ses projets \u00e0 la baisse et de partir plus t\u00f4t !<\/p>\n<p>Tant qu&rsquo;elle le pouvait encore, elle \u00e9crivait encore des po\u00e8mes qu&rsquo;elle trouvait de plus en plus beaux mais aussi de plus en plus sombres. C&rsquo;\u00e9tait un vrai bonheur pour elle de pouvoir \u00e9crire. Elle se disait qu&rsquo;elle laisserait quelque chose aux siens, un petit morceau de son \u00e2me. Car estimait-t-elle, lorsqu&rsquo;on \u00e9crit des po\u00e8mes, on va chercher les mots les sentiments d\u00e9crits au plus profond de soi, quelquefois m\u00eame, au point de se surprendre soi-m\u00eame et de se d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Son mari \u00e9tait gentil et pr\u00e9venant. Il lui avait parl\u00e9 de prendre un cong\u00e9 sabbatique pour rester \u00e0 s&rsquo;occuper d&rsquo;elle mais elle avait refus\u00e9. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas sain pour lui, il fallait qu&rsquo;il d\u00e9compresse et le fait de travailler, des rencontrer des coll\u00e8gues le faisait penser \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 elle et \u00e0 la maladie.<\/p>\n<p>Cependant, il avait pris des vacances et l&rsquo;avait emmen\u00e9e au tout d\u00e9but du mois de juin, faire une croisi\u00e8re d&rsquo;une semaine. Il savait que c&rsquo;\u00e9tait un de ses r\u00eaves depuis longtemps et le projet n&rsquo;avait encore jamais abouti faute de moyens, faute surtout de prendre le temps. Mais l\u00e0, il avait fait le n\u00e9cessaire pour qu&rsquo;ils partent tous les deux. Durant ce s\u00e9jour, fatiguant pour elle, elle \u00e9tait beaucoup rest\u00e9e allong\u00e9e sur le pont pour profiter du paysage et de la mer dont elle avait toujours \u00e9t\u00e9 amoureuse. La mer, qui l&rsquo;attirait comme un aimant et dont elle avait besoin r\u00e9guli\u00e8rement pour se sentir vivre. Ca la revigorait toujours lorsqu&rsquo;elle voyait la mer, lorsqu&rsquo;\u00e0 pleins poumons, elle respirait l&rsquo;iode. Mais cette fois, la mer l&rsquo;avait rendu nostalgique car elle savait que c&rsquo;\u00e9tait la derni\u00e8re fois qu&rsquo;elle la voyait. Bien-s\u00fbr, elle avait essay\u00e9 que \u00e7a ne se voit pas, il avait voulu lui faire plaisir et elle voulait qu&rsquo;il sente qu&rsquo;il avait r\u00e9ussi son coup, malgr\u00e9 tout&#8230; Il avait r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9aliser encore un de ses r\u00eaves&#8230; Quel beau cadeau ! Mais quand il n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, elle ne pouvait s&#8217;emp\u00eacher de laisser s&rsquo;\u00e9chapper quelques larmes. Chacun d&rsquo;eux savait qu&rsquo;ils jouaient la com\u00e9die mais chacun faisiat semblant de rien car tout deux \u00e9taient convaincus que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;intention qui compte. L&rsquo;intention \u00e9tait l\u00e0. Elle comptait pour tous les deux. Chacun donnait \u00e0 l&rsquo;autre un dernier cadeau d&rsquo;amour et chacun mesurait combien c&rsquo;\u00e9tait important.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, on avait fait appel \u00e0 une auxiliaire de vie qui l&rsquo;aidait dans tous les domaines du quotidien. Puis l&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e9tait pass\u00e9&#8230; Elle passait par des phases o\u00f9 elle se sentait mieux et des phases de fatigues intenses o\u00f9 elle ne pouvait m\u00eame plus se lever. Elle n&rsquo;avait plus la force d&rsquo;\u00e9crire. Plus la force de rien. Peut -\u00eatre qu&rsquo;elle ne verrait finalement pas l&rsquo;automne et qu&rsquo;elle allait mourir chez elle. Elle l&rsquo;esp\u00e9rait inconsciemment. Elle trouvait que ce serait dur d&rsquo;infliger \u00e0 son mari son choix d&rsquo;euthanasie m\u00eame si elle savait qu&rsquo;il \u00e9tait plut\u00f4t pour&#8230; A t-on les m\u00eames r\u00e9actions lorsqu&rsquo;on est touch\u00e9 de plein fouet ? Il fallait qu&rsquo;elle lui dise, elle n&rsquo;avait pas encore eu le courage. Elle se promettait chaque jour, demain, je lui parlerai. Mais plusieurs semaines \u00e9taient encore pass\u00e9es avant qu&rsquo;elle se jette \u00e0 l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Un soir, alors qu&rsquo;il rentrait du boulot, qu&rsquo;ils \u00e9taient seuls, elle s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9e. Les enfants \u00e9taient partis chez leurs grands-parents pour souffler un peu. Pour eux aussi, c&rsquo;\u00e9tait difficile \u00e0 supporter de voir maman de plus en plus d\u00e9figur\u00e9e, n&rsquo;ayant plus de visage humain. Elle avait beaucoup maigri et elle faisait beaucoup plus vieille d\u00e9sormais. R\u00e9guli\u00e8rement, ils prenaient donc une pause pour s&rsquo;\u00e9loigner de tout \u00e7a, pour oublier un instant, enfin essayer d&rsquo;oublier, essayer de faire comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait rien de grave \u00e0 la maison. Et m\u00eame, s&rsquo;ils n&rsquo;y parvenaient pas vraiment, ce break leur faisait du bien. Ce soir l\u00e0, donc, elle n&rsquo;\u00e9tait pas trop fatigu\u00e9e&#8230; enfin moins que d&rsquo;autres&#8230; Elle s&rsquo;\u00e9tait sentie vaillante et s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9e \u00e0 lui en parler. Il n&rsquo;avait pas r\u00e9pondu&#8230; Fig\u00e9, comme si elle l&rsquo;avait gifl\u00e9&#8230; Il l&rsquo;avait regard\u00e9 avec des yeux pleins de tristesse, une boule dans la gorge. Il lui avait demand\u00e9 si elle \u00e9tait certaine, si elle avait bien r\u00e9fl\u00e9chi, il lui a dit qu&rsquo;il ne voulait pas mais qu&rsquo;il comprenait, qu&rsquo;il ferait ce qu&rsquo;il faut, qu&rsquo;il \u00e9tait surpris qu&rsquo;elle ait chang\u00e9 d&rsquo;avis mais au fond de lui-m\u00eame il n&rsquo;\u00e9tait pas si \u00e9tonn\u00e9 que \u00e7a&#8230; Il voyait bien combien c&rsquo;\u00e9tait difficile de vivre de cette fa\u00e7on. D&rsquo;ailleurs, \u00e9tait-ce encore une vie ? Plus le temps passait moins elle arrivait \u00e0 se concentrer sur quoi que ce soit et plus rien ne l&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 part lui et les enfants mais on sentait que c&rsquo;\u00e9tait au prix de nombreux efforts. Elle dormait de plus en plus et si elle n&rsquo;avait pas eu la morphine, elle souffrirait le martyr. Elle n&rsquo;arrivait plus \u00e0 rester simplement assise. Ces derniers temps, elle \u00e9tait pass\u00e9 de lit au fauteuil, puis du lit au lit comme aurait dit un certain Monsieur Jacques Brel. Il souffrait de la voir dans cet \u00e9tat&#8230; d&rsquo;autant qu&rsquo;il se disait qu&rsquo;elle en \u00e9tait tout \u00e0 fait consciente.<\/p>\n<p>Il fut donc d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;au d\u00e9but de l&rsquo;automne, elle irait en Suisse et qu&rsquo;il l&rsquo;accompagnerait. Il prit toutes les dispositions. Le voyage se ferait en train car lui se voyait mal devoir conduire pour revenir. Et il ne voulait pas revenir en taxi ambulance sachant qu&rsquo;il aurait besoin d&rsquo;\u00eatre seul et ne sachant surtout pas dans quel \u00e9tat, il se trouverait.<\/p>\n<p>Ce fut son dernier effort&#8230; Prendre le train&#8230; en fauteuil roulant naturellement. Elle regardait le paysage plein de rouges, d&rsquo;ocres, orang\u00e9s&#8230; et se laisser bercer par le roulement du train. Elle r\u00e9ussit m\u00eame \u00e0 s&rsquo;endormir alors qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait dite qu&rsquo;elle lutterait de toutes ses forces pour vivre pleinement sa derni\u00e8re journ\u00e9e, son dernier voyage. S&rsquo;endormir, il fallait que la morphine n&rsquo;endorme pas que la douleur, elle endormait aussi la crainte.<\/p>\n<p>Elle a aussi beaucoup regard\u00e9 durant ce voyage, ce visage qui l&rsquo;avait tant s\u00e9duite, elle l&rsquo;avait trouv\u00e9 fatigu\u00e9 naturellement mais il lui plaisait toujours autant. Elle le lui a dit. Il a r\u00e9ussi \u00e0 sourire mais on voyait bien que le coeur n&rsquo;y \u00e9tait pas ! Elle le sentait crisp\u00e9, stress\u00e9. Il l&rsquo;a serr\u00e9 fort contre lui, lui caressant la t\u00eate, respirant ses cheveux, son parfum. Il a eu envie de lui faire l&rsquo;amour, l\u00e0, \u00e0 cet instant, instinct de survie certainement, mais n&rsquo;a rien dit honteux. Il garderait \u00e7a pour lui ! Il pensait que cela valait mieux.<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, tout \u00e9tait pr\u00eat. Bien r\u00f4d\u00e9. Ils \u00e9taient attendus. Ils ne sont pas mont\u00e9s tout de suite dans la chambre, elle ne voulait pas la voir avant le dernier moment. Elle ne voulait pas y penser avant. Ils se sont promen\u00e9s dans le parc de l&rsquo;\u00e9tablissement, elle, en fauteuil roulant, en silence, chacun dans ses pens\u00e9es, n&rsquo;essayant de penser qu&rsquo;au moment pr\u00e9sent, de le vivre pleinement, profond\u00e9ment. Essayant de profiter uniquement de l&rsquo;endroit, si beau en cette saison et de la pr\u00e9sence de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre. Essayant d&rsquo;oublier ce qui les attendait. Il n&rsquo;a pas beaucoup parl\u00e9. Il n&rsquo;est naturellement pas bavard, et surtout, il avait peur d&rsquo;\u00eatre maladroit, de ne pas dire ce qu&rsquo;elle attendait ou de mal s&rsquo;exprimer. il ne voulait pas regretter une parole malheureuse. Ils se sont content\u00e9s d&rsquo;\u00e9changer des silences qui en disaient plus longs que bien des discours.<\/p>\n<p>Puis en fin de journ\u00e9e, ils sont rentr\u00e9s et tout deux savaient que c&rsquo;\u00e9tait presque fini. Ils se sont regard\u00e9s, les yeux embu\u00e9s de larmes, ils se sont serr\u00e9s une derni\u00e8re fois, intens\u00e9ment. Leurs corps leur rappelant leurs anciennes \u00e9treintes, d\u00e9bordant d&rsquo;amour, \u00e9touffant sous la peine. Il l&rsquo;a embrass\u00e9 sur le front avec beaucoup de tendresse, un baiser marqu\u00e9, appuy\u00e9, qui en disait long ! Pas sur la bouche comme elle l&rsquo;aurait souhait\u00e9, elle a eu le temps d&rsquo;y penser mais pas celui de lui en vouloir. On lui avait administr\u00e9 par perfusion les m\u00e9dicaments, elle s&rsquo;est allong\u00e9e. Ils se tenaient la main, leurs regards ne se quittant pas, et pendant qu&rsquo;elle s&rsquo;endormait tranquillement, elle pensait : je t&rsquo;aimerai jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ma mort et lui, tout doucement, dans un murmure lui a dit, mon amour, ma petite fleur, ma petite femme, je t&rsquo;aimerai jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ma mort ! Elle s&rsquo;est endormie sur ces mots, calme, sans souffrance, apais\u00e9e. En tout cas, apparemment. Et l\u00e0, seulement, il a pleur\u00e9 toutes les larmes de son corps, le lib\u00e9rant du noeud dans la gorge qu&rsquo;il avait lui aussi, \u00e0 moindre mesure, support\u00e9 durant ces mois difficiles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">ELLE<\/p>\n<p>J&rsquo;entrouve les yeux&#8230; Je me sens toute naus\u00e9euse, la t\u00eate dans les nuages ! 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